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Au final c’est touchant !

Voilà comment j’entrerais en matière avec ce roman graphique. Je parle de roman graphique car en effet, ici nulles bulles, nous sommes sur du texte en dessous d’images. La nuance est tenue et il est souvent ardu de faire une différenciation. Je n’ai pas lu le recueil de nouvelles et c’est donc avec les yeux d’un néophyte que j’ai découvert cette histoire. Sordide, glauque, crue et vraie.
Ici nous suivons les pensées de Duncan, un homme brisé à cause du désir de sa femme, Tracy, d’enfanter par tout les moyens. Cette dernière en proie au désarrois n’a plus d’autres envies que celle d’être mère et oublie totalement son mari. La solution vient d’un bébé en plastique, d’une poupée conçue sur commande, selon le désire des parents. La taille, le poids, le sexe, les yeux : tout pour vous plaire et en plus elle ne grandira pas ! Mais voilà, il faudra prendre soin de ce bébé, il peut être malade, il faut l’aimer. Une fois dans votre vie, si vous y croyez assez, vous serez capable de le confondre avec un vrai… En tout cas c’est ce qui semble arriver à ces parents tellement fous et psychotiques qu’ils entendent ce faux bébé pleurer. Une plongée dans le quotidien qui oscille entre douleurs profonde de cette mère qui ne portera jamais d’enfant et égoïsme du père heureux que le corps de sa femme ne soit pas déformé. Est-ce là un point qu’homme et femme on du mal à partager ? La question de la maternité reste tout de même un point de fracture entre nos deux sexes. Seule la mère qui a déjà porté un enfant sait et ça ne se partage pas cette sensation. Ce sujet, ce point si important est abordé de façon noire mais intéressante.
Venons-en au dessin, à l’illustration qui colle au propos. Les visages sont lissés mais tellement expressifs. Nos protagonistes sont dérangeant, nous mettent dans l’embarras et on ressort mal à l’aise de cette rencontre. Les couleurs sont pastels sauf les parents aux cheveux et habits sombres. C’est comme un contraste entre l’univers de l’enfance, de ce bébé attendu et la relation houleuse des deux adultes névrosés. Une fable noire, témoignage poignant de notre monde. Dans un tout autre genre que Le magasin des suicides, je trouve cependant que cette histoire illustre un point commun de notre société : celui de la consommation de tout. On veut tout et à tous les moyens, quitte à oublier le bonheur qui est déjà là, autour de nous. Symptôme qui semble perdurer puisque cette nouvelle a déjà 29 ans… Et sa leçon n’est pas prête de se terminer ! Sinon j’ai très envie de découvrir la BD Cocaïne et chaussons blancs sur Amy Winehouse de Eugénie Lavenant !

Julia
revue-bancal.fr / août 2015