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Une curieuse nouvelle graphique

Entre polar à l’ancienne et expérimentation graphique, La Messe est dite forme une curieuse nouvelle graphique. Par Marc Villard et Eugénie Lavenant.
On connaît bien Marc Villard, prolifique auteurs de romans et de BD (Happy Slapping, La Guitare de Bo Diddley…), notamment. Et on avait découvert l’an dernier Eugénie Lavenant, avec son surprenant petit livre Cocaïne et chaussons blancs, dans lequel elle redessinait des images de Amy Winehouse tirées de magazines people, dressant ainsi un portrait iconique et décalé d’une star à la dérive. C’est aussi cette recherche d’icônes qui fascine dans La Messe est dite, sorti récemment aux éditions Matière. Le polar moderne et désabusé de Marc Villard s’y prête parfaitement : un tueur à gages parisien, petit artisan du crime à l’ancienne, tente de passer le relais à son fiston ; mais ce dernier est plus attiré par le fric et la gloire de la délinquance de haut vol, que par la reprise d’un fonds de commerce périclitant…
Le texte est court, rêche, sans gras. Impeccablement adapté aux dessins pleines pages d’Eugénie Lavenant, qui joue avec les codes et les décalages, le sens et la forme. Ses images sont inspirées par les photos de presse (du fait divers au people) ou le cinéma (un des personnages est littéralement interprété par Cary Grant), et mêlées à une réinterprétation du réel, comme dans une sitcom. Loin d’être une plate illustration du texte, cette galerie de dessin, en noir et blanc très contrasté, vit peu à peu son existence propre, réinventant la réalité comme la fiction à travers une manipulation des icônes (comprendre images de culte) de la société contemporaine. Un processus qui intrigue et fascine, et fait de La Messe est dite bien autre chose qu’une bande dessinée.

Benjamin Roure
www.bodoi.info / mai 2011